Rhume des foins, quand tu nous tiens…
Tu nous épuises !

Le printemps est une saison magnifique avec tous ses arbres en fleur ! Elle est cependant aussi synonyme de rhume des foins ! Au cours des 25 dernières années, les dates de floraison se sont avancées de 2 à 3 semaines et les saisons de pollinisation se sont allongées. Il a été par ailleurs démontré que l’élévation des températures et de l’exposition au dioxyde de carbone augmentait la production de pollen de différentes plantes.

Le rhume des foins est en fait une rhinite allergique, c’est-à-dire une maladie chronique des voies respiratoires. Les pollens enflamment les muqueuses du nez, des yeux et des poumons. Il en résulte des symptômes bien connus : nez qui coule, yeux qui piquent ou conjonctivites, paupières gonflées, éternuements…

Les traitements classiques atténuent plutôt les symptômes mais n’agissent pas sur les causes et sur le terrain. D’où un effet limité. Pourtant, il est possible de limiter les symptômes du rhume des foins  … à condition de s’y prendre à l’avance (idéalement 3 à 4 mois avant).

RÔLES DU SYSTÈME IMMUNITAIRE :

Le système immunitaire regroupe un ensemble de mécanismes pour se protéger contre toutes formes d’agressions, y compris celles liées à son propre fonctionnement.

Tout est question du « soi ». Il doit reconnaître et tolérer le soi « génétique » (sinon risque de pathologie auto-immune), le soi « ami » (en particulier le microbiote qui est composé d’une multitude de bactéries dont l’équilibre entre amies et pathogènes est non négligeable) et rejeter le «non » soi (les antigènes des virus, les champignons, les bactéries pathogènes…) ou le soi « altéré » (comme les cellules cancéreuses).

Pour ce faire, le système immunitaire propose 2 types de défenses :

  • Les défenses dites innées: présentes à la naissance, elles offrent une protection immédiate mais générale contre différents agents pathogènes. La 1ère barrière est physique, chimique (sécrétions cutanées et muqueuses), biologique (les flores de la peau et des muqueuses). La 2ème barrière de ces défenses innées implique l’intervention de défenses non spécifiques telles que des protéines antimicrobiennes (interféron, lactoferrine…), les cellules Natural Killer, les phagocytes qui mangent l’indésirable, la réaction inflammatoire et la fièvre.
  • L’immunité spécifique et adaptative qui réagit à la suite d’un contact avec un envahisseur précis (un antigène). Elle s’active plus lentement et passe par l’activation de cellules immunitaires particulières (les lymphocytes B et les lymphocytes T). La présentation de l’antigène par des cellules qui appartiennent aux défenses innées informe alors les lymphocytes de la présence d’intrus.

Il y alors deux types de réponses. Soit la réponse immunitaire à médiation cellulaire qui produit les lymphocytes T dits cytotoxiques capables d’attaquer l’antigène envahisseur. C’est la voie dite Th1 contre les pathogènes intracellulaires (virus, certaines bactéries) et les cellules cancéreuses. Soit la réponse immunitaire humorale qui via l’activation des lymphocytes B produit des anticorps ou immunoglobulines Ig. C’est la voie Th2 contre les agents pathogènes présents dans les liquides de l’organisme et extracellulaires (champignons et bactéries). Les cellules de la voie Th2 produisent alors des molécules messagères appelées cytokines. Il en existe de nombreuses dans tout l’organisme. Ces cytokines particulières vont alors favoriser la maturation des lymphocytes B.

Un système immunitaire en santé repose sur cet équilibre Th1 et Th2. Si Th2 est dominante, les problématiques d’allergie et d’intolérance peuvent s’installer avec une augmentation des taux sériques d’IgE (anticorps).

SENSIBILITÉ AU RHUME DES FOINS : UNE QUESTION DE TERRAIN

L’allergie aux pollens se développe lorsque le système immunitaire ne sait plus distinguer le soi du non-soi. Autrement dit, ce qu’il doit tolérer ou non. Il peut alors devenir très réactif à des substances pourtant inoffensives.

Si certaines personnes ont une allergie aux pollens depuis leur enfance, d’autres vont la voir apparaître spontanément voire disparaître aussi subitement. Ça a été notamment le cas pour moi, allergique au pollen pendant une bonne quinzaine d’années puis plus rien après mes grossesses et une résurgence avec l’âge. Cela m’a longtemps paru incompréhensible… jusqu’à ce que je découvre cette notion de terrain, si chère à la naturopathie. S’est révélée alors cette double nécessité de veiller tant à un équilibre intestinal qu’au contrôle de l’inflammation.

Mais inutile d’espérer modifier un problème de terrain en prenant un complément alimentaire sur 15 jours. La prise en charge de la rhinite allergique s’anticipe dans une démarche globale et préventive.

COMMENT ÉQUILIBRE INTESTINAL INFLUE SUR LES ALLERGIES

Les bactéries qui peuplent notre intestin interagissent avec les cellules du système immunitaire qui s’y trouvent. Or, elles sont nombreuses : environ 60 à 70% de notre système immunitaire se situe ou passe par notre intestin !

Les études montrent qu’une flore intestinale déséquilibrée  (manque de bifidobactéries notamment) ou de faible diversité diminuent la tolérance digestive et donc augmente la sensibilité allergique.

D’autre part, un intestin trop perméable (ou poreux) laisse passer certaines bactéries ou des morceaux de bactéries (on les appelle LPS ou lipo-polysaccharides). Elles vont entraîner une réponse inflammatoire et venir engorger la rate et le système lymphoïde (ganglions). Cela a pour conséquence d’exacerber les réponses allergiques.

Qu’est-ce qui peut favoriser une hyper-perméabilité intestinale ou déséquilibrer notre flore digestive?

  • La prise de certains médicaments(antibiotiques, anti-inflammatoires, anti-acides ou IPP, aspirine, corticoïdes,…)
  • L’alimentation : trop riche en sucres et glucides, trop riche en protéines ou en mauvaises graisses (d’origine animale et/ou cuites), riche en additifs et/ou polluants, trop pauvre en fibres…
  • Le stress,
  • Les métaux lourds et toute forme de pollution,…

L’INFLAMMATION DE BAS-GRADE FAVORISE LES TERRAINS ALLERGIQUES

L’inflammation de bas grade est une inflammation chronique sourde, qui peut rester des années  asymptomatique. Le problème c’est que dès que quelque chose vient créer une petite inflammation supplémentaire (l’attaque d’un virus, l’inhalation ou l’ingestion de substances allergisantes, un stress aigu …), les symptômes flambent.

L’inflammation de bas-grade peut-être causée par une alimentation pro-inflammatoire : déséquilibre omega-6/omega-3, excès de sucres, excès d’aliments grillés, manque d’antioxydants, … L’existence d’hypersensibilités alimentaires retardées est également souvent en cause.  Il n’est d’ailleurs pas rare de voir disparaître des rhinites allergiques dès l’éviction temporaire de certains aliments : gluten, protéines de lait, œufs,… selon le profil du consultant.

SIX RÉFLEXES A ADOPTER EN PRÉVENTION :

1-FAVORISEZ LES FIBRES POUR UNE FLORE DIGESTIVE ÉQUILIBRE

Avant toute chose, il faut apporter à notre microbiote, la « base » nécessaire pour que les bonnes bactéries puissent s’y développer. Pour cela, pensez aux aliments riches en fibres, à condition que ceux-ci soient tolérés par vos intestins :

  • Céréales complètes et produits céréaliers à base de farines complètes bio (riz semi-complet, pâtes au blé complet, quinoa, pain complet,…)
  • Légumes riches en fibres pré-biotiques : oignon, ail, poireau, artichaut, topinambour, salsifis, asperge, chicorée
  • Pomme de terre ou riz consommés froids (après cuisson) car ils sont riches en amidon résistant. Cet amidon est peu absorbé par notre intestin et de plus, il est très apprécié par nos bactéries !

La consommation de produits fermentés peut avoir un intérêt mais attention à certains d’entre eux qui sont trop riches en histamine. Préférez les yaourts (au lait ou les alternatives végétales), les fromages frais de chèvre ou de brebis, le kéfir ou le kombucha (selon tolérance). Attention à la sauce soja ou la sauce nuoc-nam.

2-PRIVILÉGIEZ DES ANTI-HISTAMINIQUES ALIMENTAIRES

Plutôt que de vous précipiter vers la pharmacie pour prendre des antihistaminiques de synthèse, commencez par ceux présents naturellement dans les aliments ou les plantes ! La quercétine contenue dans les oignons rouges, les câpres, la livèche, les petites baies (myrtille, mure, groseille) ou encore le brocoli. En tisane, le plantain en contient également. Par contre il faudra en faire des infusions (30g de feuilles/l) chaque jour, pendant plusieurs jours pour voir un effet. Ou vous pourrez opter pour un mélange d’EPS (extrait de plantes standardisés) de plantain, de cassis et de desmodium.

Pensez aussi à protéger son foie avec des aliments riches en soufre et qui favorisent la détoxination de notre foie : radis noir, ail, échalote…

3-LIMITEZ LES ALIMENTS RICHES EN HISTAMINE

Les symptômes allergiques sont déclenchés par la libération d’histamine en grande quantité, limiter les aliments qui contiennent déjà naturellement de l’histamine peut être un plus.

Parmi ceux-ci, on trouve :

  • La charcuterie, les produits de salaison dont viande de porc, les viandes qui ont été conservées 2/3 jours au réfrigérateur, les fromages fermentés (type roquefort) ;
  • Les poissons en conserve (le thon, le hareng), marinés fumés ou séchés (préférez les poissons frais ou surgelés), les coquillages et crustacés ;
  • Les aubergines, les avocats, la choucroute, les champignons, les épinards, les fraises, les raisins, les tomates et produits en contenant ;
  • Le vin blanc, le champagne ;
  • Les fromages affinés et les fromages fondus.

4-PENSEZ AUX BONNES HUILES DANS VOTRE ASSIETTE

Afin de moduler l’inflammation chronique, il est important d’augmenter votre apport en omega-3 (anti-inflammatoire) tout en limitant celui en omega-6 et en graisses saturées qui ont tendance à favoriser l’inflammation. Veillez donc à ajouter 2 cuillères à soupe / jour d’huile de périlla, de lin, de noix  de 1ere pression à froid. On évite absolument la Lesieur « Fleur de colza » en bouteille en plastique ou l’Isio 4. Attention toutefois, à ne pas chauffer ces huiles. Les conserver au frais et les ajouter à vos salades et seulement après cuisson. Limitez au maximum l’huile de pépins de raisin ou l’huile de tournesol, riches en omega-6.

5- FAITES UNE CURE DE PROBIOTIQUES DES FEVRIER/MARS au plus tard !

Certaines souches de probiotiques semblent avoir la capacité de moduler la réponse allergique. Il s’agit notamment de Lactobacillus Rhamnosus, Lactobacillus Salivarius, Lactobacillus Paracasei etBifidobacterium Longum. Le lactibiane ALR (Pilèje) s’est montré souvent très efficace lors de recommandations.

6-FAITES DOSER VOTRE TAUX DE VITAMINE D

Une carence en vitamine D favoriserait le terrain allergique. Ce déficit concernant la plupart d’entre nous, il est recommandé, après vérification sanguine, de se complémenter en vitamine D pendant les mois de faible ensoleillement (automne et hiver). Dès les beaux jours, pensez à vous exposer au moins 20 min au soleil chaque jour. Veillez à ne pas le faire aux heures chaudes, où le soleil est au zénith.

Mon conseil : Après vos sorties, retirez vos vêtements et lavez-les puis prenez une douche, cheveux compris et rincez-vous le nez avec du sérum physiologique et terminez par un peu d’huile d’amande douce à l’entrée de vos narines !

EN BONUS : chargez l’application « Air Matters » qui vous indiquera les moments à faible teneur en pollen où vous pourrez alors sortir en plein air ainsi que les données sur le pollen (ambroisie, armoise, bouleau, olivier…).

Prenez soin de vous sainplement !

Isabelle Luquet, naturopathe

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Les conseils cités dans ce texte ne sont pas destinés à l’automédication : ils sont délivrés à titre informatif et ne remplacent en aucun cas un avis ou une prescription médicale. Ils ne sauraient se substituer aux diagnostics et ordonnances délivrés par les médecins qui sont les seuls habilités à délivrer des traitements médicaux thérapeutiques.

 

 

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